(Article paru dans « La Tribune » du jeudi 16 mai 2013)

Une réussite au-delà du prévisible

C'était en decembre 2011. Maires d'Orgnac-l'Aven et de Labastide-de-Virac (extrême sud de l'Ardèche), René Ughetto et Jacques Marron nous expliquaient que la mise en place du système de la pesée embarquée, donc d'efforts supplémentaires pour les usagers, n'allaient pas impliquer de baisses des factures pour eux. Une « couleuvre » un peu difficile à faire avaler au 1 800 habitants concernés qui, à l'époque, avaient eu droit à plusieurs réunions publiques d'explication. Il faut dire que lors de ces soirées, les grincheux y étaient allés de leur couplet avec une liste toujours plus longue de griefs envers ce labeur supplémentaire.

Les râleurs avaient tort…

Mais la pesée embarquée, c'est quoi ? Pour faire simple, disons que chaque foyer, chaque entreprise, chaque camping avait été équipé de nouveaux containers fermés (histoire d'éviter les resquilleurs…) et surtout marqué d'un code à barres. Le camion benne arrive, soulève le container, le pèse automatiquement et lit le code afin d'appliquer le bon tonnage au bon foyer. Il ne reste plus ensuite qu'à envoyer la facture en fonction du poids de la poubelle. Vous voulez payer moins ? Allégez votre poubelle en prenant plus souvent le chemin de la déchetterie ou des bornes de tri sélectif.

Sauf que le Français étant par nature râleur, l'affaire n'était pas gagnée d'avance… Au début, raconte Élodie Martin (employée à la communauté de communes), il y a bien eu quelques centaines de coups de fil, mais bon, les choses sont assez vite rentrées dans l'ordre. On pouvait aussi craindre les dépôts sauvages selon René Ughetto, mais ce ne fut pas le cas. Seuls quelques malins sont allés, un temps, mettre leurs poubelles dans les communes voisines… C'est d'ailleurs encore un peu le cas, mais d'ici peu, ces indélicats devront aller encore plus loin puisque la communauté de comune de Vallon, dont nos trois communes feront partie au 1er janvier prochain, pourrait bien adopter le système à moyen terme.

Des coûts en très nette baisse

Mais revenons à Orgnac, Labastide et Vagnas. 9 mois après la mise en place du système, les chiffres parlent d'eux-mêmes et vont très au-delà des prévisions les plus optimistes. L'idée de toucher au porte-monnaie a visiblement développé le sens civique de certains ! Les volumes en containers à emballages (bouteilles plastiques, etc.) ont augmenté de 25 à 30 %. Si le verre n'a pas bougé, le poids des containers à papier a carrément augmenté de 47 % !

Forcément, tout ça s'est ressenti du côté du ramassage des ordures ménagères résiduelles : 397 tonnes en 2011 contre seulement 179 tonnes en 2012. Sachant que seuls 6 mois de l'année 2012 ont vu le nouveau système, la prévision pour 2013 est de 100 à 120 tonnes (prévisions appuyée par les chiffres des deux premiers mois : 37 tonnes en janvier-février 2102, 9,5 tonnes les deux mêmes mois de 2013).

Pour la collectivité, la facture a forcément baissé de manière vertigineuse : de 114 040 euros en 2011 à 70 379 euros en 2012 et donc forcément encore moins à l'issue de cette année 2013. Cerise sur le gâteau, le syndicat qui gère l'enfouissement (le Sictoba) a mis en  place une politique incitative au niveau du coût de la tonne de tri sélectif en le divisant pratiquement par trois. Résultat, malgré un coût de ramassage du tri en hausse, la facture est passée de 12 880 euros à 6 529 euros…

Alors une question se pose : face à ces baisses inespérées, ne va-t-on pas envisager une baisse de la facturationn aux usagers ? Pour René Ughetto, il faut d'abord absorber le coût de la collecte des ordures ménagères en hausse de 20 000 euros et celui de l'achat des containers (poubelles fermées, containers à tri, composteurs) : 60 000 euros. Là où lui-même disait en 2011 qu'on allait au mieux réussir à contenir les hausses de charges, l'élu se veut baucoup plus optimiste. Même s'il n'est pas le seul à en décider, il aimerait bien que l'année prochaine ses concitoyens soient récompensés.

Face à cette réussite, René Ughetto s'adresse à tous les autres élus : « Ça, c'est de la vraie politique ! Il ne faut pas avoir peur d'y aller, n'hésitez pas ! ». D'ailleurs, pendant la phase de mise en place, bien rares furent les élus à venir voir l'expérience. Peut-être que maintenant… (Hervé Barruhet)

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